mercredi 28 octobre 2020

Turner et l’aquarelle, une histoire de couleur et de lumière

Joseph Mallord William Turner nous éblouira toujours. Cette fois-ci, ce sont ses aquarelles, baignées de lumière, qui éblouissent le visiteur. Au musée parisien Jacquemart-André, ses plus belles oeuvres ont été sélectionnées pour comprendre comment le peintre a su maîtriser la technique de l'aquarelle avec génie.

L’expression « maître de la lumière » prend tout son sens à l’exposition Turner du musée Jacquemart-André. Tout en progression, le musée montre comment l’aquarelliste a utilisé cette technique comme un support de travail avant de maîtriser cet art. Une soixantaine d’aquarelles du peintre anglais ont été sélectionnées parmi plus de 32 000 oeuvres conservées à la Tate Britain, un des musées phares de Londres. Salles après salles, nous voyageons au début XIXème siècle, dans une Angleterre et une Europe tout aussi brumeuses qu’éclatantes.

IL PEINT DES COULEURS MAIS IL PENSE EN LUMIÈRE ET EN OMBRE

C’est sur des sujets historiques et architecturaux que William Turner (1775 – 1851) commence l’aquarelle. Alors qu’il est élève à l’académie royale de Londres, il part régulièrement dans différentes régions de l’Angleterre ou au Pays de Galles pour trouver l’inspiration. Il peint par exemple les voutes de la cathédrale de Durham entre 1797 et 1798. On y remarque les percées des rayons de soleil à travers les vitraux et déjà l’intérêt du peintre pour la lumière qui modifie une prise de vue. On y ressent aussi la fraicheur de ces lieux religieux à travers la pierre si délicatement représentée, parfois située dans une pénombre humide, parfois illuminée d’un puit de lumière.

J. M. W. Turner, Cathédrale de Durham : intérieur, vue vers l’est le long de l’aile sud, 1797-1798, graphite, aquarelle et gouache sur papier, Tate Britain.

Photo © Tate

Dans la même salle, la vue de l’abbaye de Fonthill (1799-1800) introduit la série des aquarelles de paysage. On y trouve quatre plans successifs qui nous emmènent jusqu’au fond du tableau et construisent la perspective. Ces vues permettent au peintre de théoriser sa technique où se mêlent plusieurs nuances de couleurs. « Il peint des couleurs mais il pense en lumière et en ombre. » C’est ainsi que l’écrivain et critique d’art britannique John Ruskin parlait de Turner.  

J. M. W. Turner, Vue de l’Abbaye de Fonthill, 1799-1800, crayon et aquarelle, Tate Britain.

Photo © Tate

MON TRAVAIL CONSISTE À PEINDRE CE QUE JE VOIS, NON CE QUE JE SAIS ÊTRE LÀ

Turner devient le théoricien de la peinture de paysage grâce à la publication de son livre Liber Studiorum (Livre des Études, 1807) dans lequel il définit le paysage à partir de motifs d’aquarelle. Après ces années d’études, il décide de faire un tour d’Europe et ses aquarelles se diversifient. Entre 1817 et 1820, il parcours les Pays-Bas, la Rhénanie allemande, puis l’Italie. Ces voyages lui permettent de trouver dans l’aquarelle une liberté d’expression particulière car accentue son travail de la couleur et de la lumière grâce à ces nouvelles vues. Il peint Venise : San Giorgio, Maggiore tôt le matin (1819) dans laquelle est représentée cette brume hors du temps et cette luminosité éblouissante mais douce, propre à la ville. 

J. M. W. Turner, Venise : San Giorgio Maggiore tôt le matin, 1819, aquarelle sur papier, Tate Britain.

Photo © Tate

Des Pays-Bas à l’Italie, en passant par la France

Il continue ses voyages pendant de nombreuses années et traverse aussi la France. Il y réalise plusieurs croquis sur le vif au crayon des bords de la Loire et de la Seine qui vont ensuite être terminés à l’aquarelle en atelier. Ces petits formats vont être gravés puis publiés dans ses livres de voyage de 1833 à 1835. C’est ainsi qu’on retrouve des détails précisés au crayon, à la gouache ou encore à l’encre, qui ajoutent de la structure à l’oeuvre. En même temps que ces voyages, on lui demande d’illustrer certaines éditions de livre comme ceux de Sir Walter Scott, homme de lettres écossais. 

La cinquième salle de l’exposition est particulièrement étonnante. Le style de Turner surprend de modernité, à la limite de l’abstraction tant les thèmes sont pensés avec onirisme. Il constitue des ébauches colorées avec beaucoup de liberté. L’oeuvre Land’s End, Cornwall réalisée en 1834 est l’une des études où le travail de la couleur fait penser à une expression intérieure d’humeurs ou d’atmosphères spontanées. « Mon travail consiste à peindre ce que je vois, non ce que je sais être là », précisait le peintre.

J. M. W. Turner, Land’s End, Cornwall, 1834, aquarelle et gouache sur papier, Tate Britain.

Photo © Tate

Le visiteur passe ensuite devant le cabinet de pigments de l’artiste qui met en valeur son goût pour les coloris. Dans les salles suivantes, on remarque une différence de texture de l’aquarelle et des couleurs davantage affirmées. Quelques décennies après ses premières aquarelles, ces vues de Venise sont encore surprenantes, aux ciels encore plus mouvementés. 

L'exposition a lieu au Musée Jacquemart-André (Paris, 8e arr.) du 26 mai 2020 au 11 janvier 2021.
Elle est aussi disponible en visite virtuelle sur le site du musée. 

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