lundi 1 juin 2020

Adrien Giret,
l’appel
de la nature

Sous un épais bonnet de laine, un visage barbu regarde l’horizon. Chaussures de randonnée aux pieds et polaire sur le dos, Adrien Giret ressemble à un explorateur. Envoûté par le grand air, il a quitté son métier d’ingénieur. À présent loin du béton, ce photographe-vidéaste révèle les merveilles de la nature. Son objectif : sensibiliser à la beauté d’un monde dont il faut prendre soin.

Tu étais ingénieur en génie civil. Pourquoi avoir tout quitté pour la photo ?

C’est grâce à un séjour de plusieurs mois au Canada que je me suis sérieusement mis à la photographie. J’ai été fasciné et émerveillé par les grands espaces canadiens et j’ai tout de suite ressenti la nécessité de les capter en image. J’ai commencé avec mon téléphone, comme beaucoup de personnes, et je me suis très rapidement senti limité. Alors dès mon retour en France, j’ai acheté mon premier appareil ! Mais avec mon poste d’ingénieur, j’avais très peu de temps à y consacrer. Ça me désespérait.

L’ultime déclic a eu lieu l’an dernier. J’ai eu un souci de santé assez grave. À ce moment, j’ai pris conscience de quelque chose que je savais déjà profondément, mais qui dans ces circonstances prenait tout son sens : « On n’a qu’une seule vie ! » Alors autant s’appliquer à faire ce qui nous plaît vraiment et qui a du sens à nos yeux.

Photo prise au Canada,
en 2016.

Photo Adrien Giret

Tu travailles surtout en pleine nature. Qu’est-ce qui te plaît autant dans la photographie de paysage ?

Tout d’abord, je crois que je photographie la nature car je m’y sens bien ! J’ai toujours été sensible à l’environnement et à la faune sauvage. Je crois que la photographie n’est finalement qu’un prétexte de plus pour aller me perdre en pleine forêt ou dans les montagnes. J’aime ces moments de solitude et de connexion pure avec le vivant.

Finalement, à travers mes photos, je crois que je souhaite porter ce message : « Regardez comme la nature est belle, préservons là ! » Je pense que malheureusement, ce qui causera la perte de notre planète, ce n’est pas le manque de merveilles, mais plutôt le manque d’émerveillement. Nos modes de vie hors-sol nous ont rendus aveugle à la beauté de notre terre.

Comment sensibiliser les gens à cette beauté ?

En leur montrant que nous ne sommes pas obligés d’aller à l’autre bout du monde pour apprécier la nature qui nous entoure. J’ai fait tout une série de photos en Sarthe (France) où mes parents habitent. Ce n’est pas un endroit connu pour la beauté de ses paysages. Pourtant, beaucoup de personnes de cette région m’ont demandé où ces photos avaient été prises. Elles ont été agréablement surprises d’apprendre que l’on avait d’aussi beaux paysages en Sarthe. Ce genre de réaction me fait très plaisir.

Quelle est la destination qui t’a le plus marqué ?

En 2018, je suis parti voyager en Norvège afin de me remettre à 100% dans la photo et de retrouver ces grands espaces qui me manquaient tant. Ç’a été une expérience incroyable. Je suis resté huit mois et j’ai beaucoup progressé durant cette période. J’ai pu rencontrer d’autres photographes et prendre conscience qu’on pouvait vivre d’une telle activité. Je crois que la Norvège m’a vraiment comblé car ce pays réunit à la fois la mer et la montagne. On ne sait plus bien où démarre l’un et où se finit l’autre. Tout est tellement immense là-bas !

Photo de la Baie
de la Fresnaye,
en Bretagne.

Photo Adrien Giret

Raconte-nous tes expéditions…

En général, je pars seul car je veux être entièrement focus sur ce que je fais. J’aime faire de longs séjours, notamment dans des régions reculées. Je prends ma tente, tout l’équipement pour être autonome, et je me déplace au gré du paysage sur plusieurs jours. J’aime beaucoup ces moments où je suis seul et où je me sens profondément connecté à la nature. J’apprécie chaque élément, chaque variation de lumière, de relief. Je suis quelqu’un d’assez solitaire et passer une dizaine de jours seul ne me gêne pas. C’est une manière pour moi de me retrouver, une sorte de méditation.

Depuis que je vis à Rennes, il m’arrive aussi de partir à la journée sur les côtes bretonnes. Je ne planifie rien car chaque jour est différent et nous avons très peu de contrôle sur la nature, ce qui rend la chose difficile mais extrêmement intéressante.

Adrien Giret lors d’une expédition dans le Jura
en 2020.

Tu fais aussi beaucoup de time-lapses. Comment tu choisis le lieux ?

Il faut qu’il y ait une certaine harmonie dans le paysage, quelque chose qui attire l’œil. Très souvent, je fais une série de photos et ce n’est qu’après avoir trouvé le cadrage idéal que je réalise un time-lapse. J’aime cette notion du temps qui passe. Ce qui m’intéresse, c’est l’idée de pouvoir montrer des changements lents impossibles à voir à l’œil nu. Par exemple, la croissance d’une plante, le mouvement de la voie lactée, un élément qui fond. Les sujets sont presque illimités ! Je suis à chaque fois surpris de voir une scène à laquelle j’ai pu assister traduite en time-lapse. Le fait de réduire plusieurs heures à quelques secondes change totalement la vision des choses.

C’est ce qui t’a donné envie de mettre un pas dans la vidéo ?

C’est effectivement le time-lapse qui m’a amené vers la vidéo, qui est encore plus complète que la photographie. Je suis sensible à une image, mais je crois l’être encore plus face à une vidéo. J’ai d’abord voulu enrichir mes time-lapses en mêlant également des plans aériens avec un drone. Puis, j’ai fait l’acquisition d’un boîtier dédié à la vidéo. J’ai appris à utiliser ce matériel par moi-même. Je trouve que c’est le meilleur moyen d’apprendre : on fait des erreurs, on les corrige, et on progresse beaucoup plus vite. À l’heure actuelle, avec YouTube notamment, il est possible de se former pratiquement à tout, en totale autonomie. Mais cet apprentissage n’est pas nécessairement le plus compliqué. Le plus compliqué, c’est d’être créatif ! 

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