lundi 5 décembre 2022

Ramia, artiste plasticien empreint de culture malgache

Attiré par la culture malgache, Ramia, artiste plasticien qui vit à Madagascar, mêle le réel et l’abstrait sur ses toiles pour préserver cette culture menacée par la mondialisation. Selon lui, l'art est un moyen de communiquer, de partager et d’échanger avec d'autres cultures.

Présentez-vous en quelques mots ?
Après être passé par l’ENAD de Nice, j’ai essentiellement travaillé dans le monde de l’image et de l’écriture, passant d’une maison d’édition à Paris à des agences de communication par la suite, à La Réunion puis enfin à Madagascar.
Mes parents étaient chercheurs dans le domaine linguisitique et archéologique, ce qui m’a sans doute amené naturellement à y jeter un oeil un peu plus que par curiosité. Les textes HAIN-TENY (sorte de HAÏKU malgache), particulièrement ont retenu mon attention. L’envie de puiser dans ma culture malgache a fait le reste.

Racontez-nous vos débuts :
J’ai commencé à travailler sur la soie, puis ai découvert la technique de la gravure avec une nette préférence pour les morsures à l’acide plutôt que l’aquatinte. La culture de la démarche artistique et du concept, qu’on nous a fortement ancré alors, a peu à peu guidé mes travaux vers une cohabitation entre le réel et l’abstrait, ce qui convient parfaitement pour traduire graphiquement le monde malgache où les choses sont plus pensées ou dites, plutôt que montrées, où le quotidien est encore très emprunt du monde de l’invisible, des esprits…

Pourquoi et comment avez-vous débuté dans ce domaine ?
Pourquoi ? Parce que c’est là que je m’exprime le mieux, que je me sens chez moi.
Comment ? D’abord en apprenant les bases, puis en échangeant, et en pratiquant les moyens d’expression qui me permettent de traduire mes idées et ce que je ressens.

Qu’est-ce qui vous intéresse / sur quoi travaillez-vous dans votre art ?
Ce qui m’intéresse est de préserver ce qu’il me semble faire l’essence de la culture malgache. C’est une culture avant tout orale, où on est encore capable de nos jours de transmettre mot pour mot par le truchement d’un intermédiaire, qui va parcours des centaines de kilomètres pour remettre à son destinataire, des consignes dans son intégralité. J’aimerais contribuer à laisser des traces de ce qui fait cette culture qui est peu à peu grignotée par la mondialisation.

Quels sont les points marquants de votre carrière ?
Je ne sais pas trop. Peut-être les rencontres et les échanges lors des expositions. Les miennes comme celles des autres.

Des projets, des envies pour l’avenir ?
J’aimerais un jour pouvoir faire une résidence, échanger avec d’autres cultures, m’enrichir du regard de l’autre.
Une envie : l’existence d’une école d’art, même si ce n’est que l’éveil à l’art, afin d’aider mes compatriotes artistes à se désengager d’une histoire qui n’est pas la leur, pour créer leur propre histoire de l’art, avec intelligence, force et conviction.

L’art doit être généreux, et ne devrait pas être un bien exclusif, sinon à quoi sert d’essayer de communiquer ? »

Quel est le pire souvenir de votre carrière ?
Mon pire souvenir a été d’avoir été critiqué par un enseignant du fait de la ressemblance d’une de mes réalisations avec celle d’un artiste dont jusqu’ici je ne connais ni le travail ni le nom. Là où il y aurait pu y avoir un échange, moi apportant des éléments de ma culture, il y a eu plutôt un blocage de la part de quelqu’un qui a emprunté ses intrants à une culture qui n’est pas la sienne. L’art doit être généreux, et ne devrait pas être un bien exclusif, sinon à quoi sert d’essayer de communiquer ?

Arrivez-vous à vivre de votre art ?
Vivre de l’art est difficile. En même temps, ce n’est pas vraiment la première chose que je recherche, même si c’est nécessaire d’en vivre (mais qu’est-ce que d’en vivre?) quand même pour être le moins bloqué possible pour des raisons matérielles.

Qu’est-ce qui vous passionne / que vous défendez dans la vie ?
Les gens, l’échange, le partage, le droit d’être, la différence qui devrait enrichir.

Quelle est/serait votre devise ?
CARPE DIEM

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