vendredi 3 juillet 2020

Erin Hanson, oser laisser parler l’artiste en soi

Peut-on vraiment vivre de son art ? C’est le défi qu’Erin Hanson s’est lancée il y a une dizaine d’années, lorsqu’elle a choisi de se consacrer pleinement à sa passion en envoyant valser le qu’en dira-t-on. Aujourd’hui reconnue sur la scène artistique internationale, elle souhaite encourager les créateurs à oser emprunter son chemin. Retour sur un parcours qui montre qu’avec détermination et volonté, tout le monde peut devenir artiste professionnel.

Deux galeries à son actif en Californie, quatre assistants, des commandes régulières et un style enseigné dans des écoles d’art du monde entier : Erin Hanson est aujourd’hui une artiste à succès. Pourtant, faire de l’art son métier n’était pas vraiment son plan de carrière mais plutôt un rêve d’enfant inachevé.

Quand elle commence à prendre des cours de dessin dès l’âge de six ans, c’est comme une évidence. Acrylique, peinture à l’huile, gouache, pastel, fusain, elle utilise tout ce qui est à sa portée pour reproduire ce qu’elle voit, émerveillée par la beauté de la nature et par la possibilité de la sublimer. Mais à l’adolescence, son monde s’écroule. Il faut faire un choix pour le futur, prendre une voie sécuritaire loin des chemins incertains de la vie d’artiste. Freinant sa vocation précoce, ses doutes la mènent à étudier la bio-ingénierie, filière qu’elle trouve plus rassurante. Pourtant, à peine diplômée, elle sait qu’elle ne souhaite pas aller plus loin dans ce secteur mais n’a aucun autre projet pour la suite. « J’ai obtenu mon diplôme sans vraiment savoir ce que j’allais bien pouvoir faire d’autre. J’étais complètement perdue », se souvient-elle.

Erin Hanson, Motion of Ocotillo, 2016, huile sur toile, 152,4 x 182,8 cm, Collection privée.

Un retour à la création

À ce moment-là, Erin Hanson ne peint plus. Dans sa quête d’elle-même et de son avenir, elle en délaisse la pratique artistique. Après des expériences professionnelles plus ou moins enrichissantes à Los Angeles, elle décide finalement de changer de vie pour Las Vegas. C’est lors d’une randonnée dans le parc du Red Rock Canyon, en observant le paysage spectaculaire de ces falaises de roches rouges, que son âme d’enfant resurgit. Tout d’un coup, l’envie irréfutable de peindre lui revient. Elle se fait alors une promesse : ne plus abandonner la création et produire un tableau par semaine.

« J’essaie de capturer l’émotion du paysage »

À partir de cette prise de conscience, l’artiste américaine ne lâche plus son pinceau, et sillonne les Parcs Naturels du Nevada, de l’Arizona, de l’Utah à la recherche de paysages à peindre. Son but n’est pas seulement de reproduire, mais de capturer l’instant, la lumière, la couleur. Elle explique : « Mon art doit aller au-delà de la photographie, il doit transmettre ce que l’on ressent face à un véritable coucher de soleil. J’essaie de capturer l’émotion du paysage. »

Erin Hanson, Radiant Light, 2019, huile sur toile, 91,4 x 91,4 cm, Collection privée.

Pour ce faire, elle développe une technique à la peinture à l’huile et crée son propre style : l’Open-Impressionism. À l’instar des peintres impressionnistes dont le nom est tiré, Erin Hanson souhaite immortaliser les impressions fugitives de lumières sur le paysage. Cependant, l’artiste ne peint pas sur le motif, mais bien en atelier, à partir de photos. Si cela peut paraître moins spontané, c’est parce qu’elle accorde une grande importance à la préparation des couleurs en amont. Elle les prémélange, crée des dégradés qu’elle positionne par ordre stratégique sur sa palette, un peu en héritage de ses études scientifique. Elle en rit : « J’ai besoin de tout contrôler quand je peins. C’est drôle car mon style fait très décontracté, mais il l’est uniquement parce que j’en ai décidé ainsi. » C’est sa gestion des couleurs et sa technique qui rendent son travail unique et différent des impressionnistes, qui mélangeaient les couleurs directement sur la toile. Erin Hanson ne superpose pas ses couleurs. Elle se sert de ses mélanges afin de créer de larges aplats espacés qui ne se chevauchent jamais.

Erin Hanson, Santa Rosa Embrace, 2018, huile sur toile, 152,4 x 91,4 cm, Collection privée.

« Lorsque l’on peint ce qui est important à ses yeux, on trouve toujours des gens qui sont intéressés »

Aujourd’hui largement reconnu, ce style spécifique a contribué à faire la renommée de la peintre. Mais pas seulement. Pour elle, il n’y a pas que le talent et les compétences plastiques qui comptent pour gagner sa vie en tant qu’artiste. Il faut avant tout de la volonté, de la détermination, de l’audace et surtout beaucoup de pratique. Sur son blog personnel, elle a créé une section spécialement conçue pour encourager ses lecteurs à se lancer en tant que peintres professionnels. Elle y a imaginé un programme d’études, inspiré de son parcours personnel, pour devenir artiste. On y trouve des leçons et des devoirs pratiques à réaliser progressivement chez soi. Le but ? Peindre le plus possible afin de développer sa créativité et trouver son propre style. Elle souhaite montrer qu’il ne faut pas chercher à copier ce qui se fait déjà en ce moment, mais au contraire à cultiver son unicité. Elle l’affirme : « Lorsque l’on peint ce qui est important à ses yeux, on trouve toujours des gens qui sont intéressés. »

Oser se montrer

Pour elle, au-delà de cet aspect créatif, il est également indispensable d’oser présenter son travail dans des festivals d’art et des marchés le plus souvent possible. Elle a pu observer que, contrairement à ce que l’on pourrait prétendre, il est facile de vendre ses tableaux. Il y aurait en réalité une grande demande de la part des acheteurs, notamment en période de crise comme ce que nous traversons mondialement aujourd’hui. Elle précise : « Dans les moments difficiles, lorsqu’ils ressentent un certain stress émotionnel, les gens sont attirés par l’art car ils veulent se remémorer des jours meilleurs. »

Peindre de façon prolifique, ne pas négliger la part commerciale de la création et s’affirmer sur le devant de la scène : tels sont les secrets de la réussite selon cette artiste internationalement reconnue. Si Erin Hanson n’avait pas osé reprendre la peinture comme une activité professionnelle il y a une dizaine d’années, elle n’aurait pas réalisé son rêve de jeunesse. C’est en faisant un pied de nez à ses craintes du passé qu’elle a pu devenir l’artiste qu’elle est aujourd’hui. En prouvant qu’il est possible de gagner sa vie en peignant, elle espère encourager les créateurs à se lancer professionnellement, et qui sait, peut-être inspirer une « nouvelle génération d’impressionnistes » comme elle ?

Erin Hanson, Cypress Fog, 2019, huile sur toile, 127 x 101,6 cm, San Diego, The Erin Hanson Gallery.

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