jeudi 26 novembre 2020

Le masque, un nouvel accessoire tendance

Crise sanitaire oblige, le masque s’est imposé dans la quasi-totalité des foyers. Certains l’aiment jetable, d’autres le préfèrent lavable. D’autres encore ont décidé de l’arborer comme un véritable accessoire de mode. Recommandé lors de chaque sortie, le masque se porte désormais dans les règles de l’art.

Paris. Février 2020. Sur le podium de la Fashion Week, les masques défilent déjà pour la collection automne-hiver de la créatrice Marine Serre. Un cas loin d’être une première dans le monde de la mode. Certains l’annonçaient déjà comme le « must-have » de la saison. Et bien, c’est gagné. Face à la pandémie du coronavirus, le masque s’invite sur tous les visages.

Des accessoires fonctionnels

Marie-Laure Gutton est responsable du département Accessoires au Palais Galliera, le musée de la Mode de la Ville de Paris. Pour elle, l’histoire est la même pour chacune des pièces que nous arborons fièrement. « La fonction sanitaire se retrouve dans la plupart des accessoires », note-elle. Chaussures, gants, chapeaux, sacs. Tous ont, par nature, une fonction première, finalement exclue pour les faire évoluer vers une marque sociale et les transformer en objets purement tendance. Comme la chaussure, aujourd’hui montée sur talons. 

« On va devoir penser à allier fonctionnalité et esthétique »

Pour Marie-Laure Gutton, l’histoire pourrait se répéter avec l’arrivée du masque : « S’il reste dans l’usage quotidien, on va devoir penser à allier fonctionnalité et esthétique. Il y a plein de choses à imaginer. » Elle poursuit : « Avec le masque, il y a de vraies contraintes. D’abord parce qu’il peut être assez difficile à supporter. Ensuite parce qu’il y a cette question d’identité. » Derrière le morceau de tissu, le sourire et les pommettes sont cachés, empêchant alors de deviner la moindre expression du visage. « Certaines sociétés ont complètement adopté le port du masque. Alors, pourquoi pas en Occident ? Mais il y a encore un gros point d’interrogation là-dessus », tempère la spécialiste.

De plus en plus de stylistes, comme Naïké Louchart, proposent des masques esthétiques.

Photo Christian Vicq

Naïké Louchart, elle, ne s’est pas vraiment posé la question. Cette couturière de 35 ans croule sous les commandes de « jolis masques » depuis le début du confinement. « Au départ je n’avais pas du tout prévu d’en fabriquer, explique-t-elle. Et puis un vendredi, en une seule journée, j’ai reçu trois demandes. » Elle se lance alors, poste une photo d’un premier masque sur les réseaux sociaux et voit les commentaires affluer. « C’est devenu un véritable accessoire de mode, alors pourquoi on n’en porterait pas de jolis ? »

Quand beauté et qualité s’allient

Dans son atelier, Naïké Louchart réfléchit, mesure, essaye. Elle récupère des chutes de tissus de ses dernières créations et agite ses aiguilles. « Je fais du recyclage avec du tissu qui n’a jamais servi », assure la styliste. Pour elle, pas question d’utiliser de vieux draps ou d’anciens torchons : « Lorsque je fais quelque chose, je le fais pour que cela soit de qualité. » La couturière y tient. Les étoffes choisies sont assez épaisses, pour ne pas laisser sortir de particules. Mais pas trop non plus, pour éviter de garder l’humidité du souffle. Afin de garantir l’étanchéité, Naïké Louchart place une barrette à pincer au niveau du nez. « Le masque épouse vraiment la forme du visage de celui qui le porte. Il tiendra dans le temps autant qu’une autre de [ses] créations », garantit-elle.

Naïké travaille sur des masques pour les personnes atteintes de trisomie 21. Son credo : « Tout le monde a le droit à la mode. »

Photo Margot Pyckaert

Celui qui se situe à la frontière du masque à bec et du masque chirurgical se veut surtout très design. Pour le côté confortable, la couturière troque l’élastique pour un lien en satin pour les femmes, ou en coton pour les hommes et les enfants. Aucun détail n’est laissé au hasard. « Les masques sont aussi beaux à l’intérieur qu’à l’extérieur ! », assure la styliste. Naïké Louchart prévient directement les acheteurs : « Ils n’auront pas forcément le masque qu’ils voient sur le site Internet, car chaque modèle est unique. » Et l’unicité a un prix. Pour s’offrir un masque Sainte Naïké, il faut compter 8 euros. Le prix pour une moyenne de 30 minutes de travail par pièce et pour les matériaux utilisés. 

L’esthétique pour contrer l’anxiogène

À 50 ans, après des problèmes de santé et un AVC, Christine a décidé de voir la vie en rose. Porter un masque chirurgical du matin au soir ? Très peu pour elle. « Je suis coquette de nature. Le côté esthétique, c’est important pour moi. Je veux quelque chose qui me protège, bien sûr, mais aussi avec lequel je me sente jolie. » Quelque chose qui ne ressemble pas à « un filtre à café avec des élastiques ». Cette mère de famille a déjà acheté quatre masques signés Sainte Naïké, et ne compte pas s’arrêter là. Elle en est persuadée, « le masque pourrait devenir un véritable accessoire de mode, au même titre qu’une belle paire de lunettes ».

Si la pratique arrive aujourd’hui en France dans un contexte de crise sanitaire, cela fait déjà longtemps que le continent asiatique l’a adoptée. En 2011, un sondage réalisé par le site News Post Seven démontrait d’ailleurs que près de 30% des Japonais portaient le masque pour une question de mode. Alors à pois, à rayures, à fleurs ou coloré, qui sait, le masque s’imposera-t-il peut-être comme l’accessoire kawaii des Européens les plus fashion. 

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