lundi 5 décembre 2022

Olivier Bain, être photographe 
à mi-temps

Du laboratoire de biologiste à celui de photographe : Olivier Bain, technicien au service de l'eau potable du canton de Genève, a découvert la photo à 38 ans "un peu par hasard". Un de ses amis possédait un appareil. "Pourquoi ne pas essayer ?" s'est-il dit. Depuis, une passion est née. Des paysages aux portraits en studio, il décrit ce qui occupe aujourd’hui 50% de son temps.

Tu as débuté la photo tardivement, raconte-nous comment ça s’est passé ?

Les cinq premières années, j’ai fait ce que les photographes ont l’habitude de faire, c’est-à-dire des paysages, de l’architecture, et beaucoup de macrophotographie. La macrophotographie m’a permis de bien exercer mon œil. On doit faire un focus sur la tête d’un insecte, on doit s’en approcher. C’est très précis. 

Pas beaucoup d’humains alors ! Pourtant, aujourd’hui, tu fais principalement des portraits…

Cela fait maintenant dix ans que les portraits m’intéressent. J’ai commencé par photographier des gens autour de moi, mes parents, mes proches. Comme j’ai une maison, j’ai créé un studio dans mon garage. C’était vraiment improvisé ! J’ai fait un fond sur le mur et j’ai mis des flashs malgré une hauteur de plafond trop basse. Donc ce n’est qu’à 42 ans que j’ai commencé à faire de la photo avec des humains ! (rires)

Après ta famille, est-ce que tu es rapidement passé à des modèles ? 

Oui, là c’était très compliqué car personne ne veut travailler avec toi lorsque tu commences dans ce domaine et que tu n’es pas connu. J’ai dû mettre la main au porte-monnaie pour que des modèles viennent poser pour moi. Tout ça dans mon studio. J’ai commencé par faire beaucoup de noir et blanc. C’est quelque chose qui me parle, le côté un peu vintage, ça me plaît.

Il y a quatre ans, j’ai eu l’occasion de rentrer dans un studio sur Genève qui est tenu par un de mes amis. Il cherchait des partenaires pour le rentabiliser : les tarifs sont exorbitants à Genève, donc c’est très difficile d’avoir son propre studio. Le but était de partager l’atelier avec plusieurs personnes. C’est ce qu’on a fait, on est quatre ou cinq à y travailler. Ça fonctionne bien.

Photo sélectionnée pour l’une des couvertures de Scorpio Jin Magazine.

Photo Olivier Bain

La photo prend de plus en plus de place dans ta vie. Tu envisages d’en faire à plein temps et d’arrêter ton métier de biologiste ?

Évidemment, j’aimerais bien ! Mais le problème c’est « comment en vivre » ? Surtout dans une ville comme Genève qui n’est pas une capitale de la mode… Pour cela, il faudrait que j’aille à Milan, Paris ou Los Angeles. J’ai justement un ami qui a quitté Genève pour Los Angeles. Là-bas, il arrive à avoir des contrats beaucoup plus facilement car les gens sont davantage prêt à payer un photographe. Même dans la rue, il fait des shooting et les gens viennent vers lui pour le solliciter ! Il y a une véritable culture de la photo aux États-Unis.

Qu’est-ce que tu fais dans ton studio, quelle est ta spécialité ? 

Depuis cinq ans environ, je me suis focalisé sur des photos fashion, des photos beauté. Je concentre mon travail sur des personnes qui ont besoin de clichés pour leur book. Ce sont des modèles qui commencent et dont les agences demandent des photos, ou alors des modèles qui ont besoin de refaire leur book. Nous faisons différents types de photos : en pied, des portraits ou des photos beauté.

La demande est stricte ou tu as une certaine liberté ? 

C’est quand même très cadré car les agences demandent des photos bien précises. Je n’ai pas une ouverture artistique très importante par rapport à ça. Mais de mon côté, je continue à faire énormément de collaborations avec des maquilleuses par exemple. On fait des projets artistiques qu’on propose à des magazines internationaux qui ont une grosse visibilité sur Instagram tels que Shuba Magazine, ou Imirage Magazine. Nous proposons nos photos sur la plateforme Kayvar. Si elles sont acceptées par un magazine, elles sont mises sur leur compte Instagram et on peut leur demander de les recevoir sous format papier. Donc on peut bénéficier d’un support physique à montrer au gens quand on doit présenter notre travail. 

Margot.

Photo Olivier Bain

Est-ce qu’il y a des ambiances, des couleurs avec lesquelles tu préfères travailler ? 

Non, tous mes projets sont différents. J’ai aussi la chance d’organiser chaque année un workshop en Italie. J’ai ainsi la possibilité de travailler avec Max Perissi qui a fait pas mal de photos dans les années 60-70 pour Vogue Italia. Lui, il crée vraiment des scènes de cinéma en s’inspirant des films des années 30. Ça, ça me parle ! Le dernier shooting que nous avons fait ensemble était consacré à la femme des années 30. Nous la faisions poser avec une vieille voiture dans un village ou alors en train de laver son linge à la main au bord d’une rivière.

J’adore le côté artistique de la photographie. Récemment, j’étais sur un projet fashion, Queens of the cold. Avec une maquilleuse, nous avons créé un véritable décor en studio. L’ambiance était très froide avec des tons bleus. Les modèles étaient toutes très blanches. Ça me plait de créer ces ambiances. 

On sent une pointe de nature, les paysages de tes débuts te manquent ? 

Non, pas du tout ! Là, je suis vraiment dans mon domaine car j’aime le côté relationnel. C’est très enrichissant de rencontrer des personnes différentes et de travailler avec plusieurs équipes plutôt que de rester dans son coin à faire des paysages ou de la macrophotographie. Parce que bon, les insectes, ils sont bien gentils, mais ils ne parlent pas ! (rires)

Erika.

Photo Olivier Bain

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