vendredi 3 juillet 2020

Quand Zoom fait renaître le mystère de Toutânkhamon

Alors que tous les musées ont fermé leurs portes pendant plusieurs mois, il a fallu faire preuve d'imagination pour montrer les collections sans mettre un pied dans les salles d'exposition. D’arts et d’histoires, une nouvelle entreprise d'exposition en visioconférence, a trouvé la solution qui convient aux petits et aux grands.

L’accès restreint à l’art a dû peser sur certains pendant ces deux mois de confinement. El Greco, Turner, Christo et Toutânkhamon… Si vous avez raté ces événements marquant de la culture, D’arts et d’histoires est là pour vous. Cette entreprise a été pensée par Tatiana Bailleul, guide de musées, qui a dû réagir alors que ses activités ont été totalement arrêtées. Elle s’est donc entourée d’une quinzaine d’autres guides pour réaliser des visioconférences sur les dernières expositions ou encore sur des sujets culturels plus pointus.

« Au début du confinement, avec 250 annulations et un chiffre d’affaires réduit à zéro, j’ai monté cette entreprise de visite en visioconférence « en mode survie » avec mon ami professeur d’histoire. C’est venu assez naturellement », explique Tatiana Bailleul, normalement guide dans une agence qui lui ouvre les portes des plus grands musées parisiens. 

Charlène Monot-Breganni présente sur Zoom sa visioconférence basée sur l’exposition Toutânkhamon.

Diapositive conçue par Charlène Monot-Breganni

Le modèle est simple : après avoir payé 10 euros pour une visite, un lien de connexion sur l’application Zoom est envoyé. Tous se connectent ensuite à l’horaire indiqué et se retrouvent en face à face – virtuellement – avec leur guide de la journée. Ce samedi de juin, nous descendons dans le tombeau de Toutânkhamon accompagnés de Charlène Monot-Breganni, spécialiste en égyptologie. « Généralement il y a une dizaine de personnes pendant les visites mais Toutânkhamon attire tellement que nous sommes obligés d’en programmer plusieurs. » 14h30. Une trentaine d’intéressés sont connectés. Il y a beaucoup de familles : le mystère autour de la tombe de Toutânkhamon découverte en 1922 attire bien des enfants.

Au fur et à mesure des diapositives, nous découvrons de nombreux objets ayant appartenu au pharaon Toutânkhamon.

Diapositive conçue par Charlène Monot-Breganni

À l’image de la véritable exposition présentée en 2019 dans la Grande Halle de La Villette, les sessions affichent complet rapidement. « J’ai fait un vrai travail d’iconographie et de vérification de l’actualité pour préparer la visite », explique la diplômée de l’école du Louvre. « Et j’ai aussi changé le plan de l’exposition : j’ai présenté les objets par ordre de découverte pour mettre en valeur l’importance de la fouille », ajoute-t-elle, réjouie d’être plus libre dans ses présentations. Tatiana Bailleul laisse quartier libre à tous les guides de l’entreprise de parler des sujets qui les passionnent, selon leurs spécialités et surtout avec leurs propres angles d’attaque. « Il y a beaucoup moins de pression ! », confirme-t-elle.

« Des formats très utiles pour les personnes à mobilité réduite et les personnes âgées »

Détails des objets, photographie colorisées, plan de la tombe… La visioconférence offre une perspective différente sur les antiquités présentées lors de l’exposition. Au fur et à mesure des diapositives réalisées et expliquées par Charlène Monot-Breganni, on apprend notamment que le pharaon d’Egypte était féru de chasse à l’autruche, qu’il était le fils d’une union incestueuse, qu’il était probablement pied-bot avec peut-être un bec de lièvre et qu’il était atteint de la malaria… À la fin des deux heures de visite, une discussion est menée entre les participants. Les questions s’attardent autant sur la présentation que le parcours professionnel de Charlène Monot-Breganni. 

C’est une autre approche de l’art qui a pour but de continuer même après la réouverture des musées car ces formats sont aussi « très utiles pour les personnes à mobilité réduite, les personnes âgées… », projette Charlène Monot-Breganni. « Plus tard j’aimerais continuer les deux offres en parallèle », ajoute l’habituée des sites archéologiques. Pour Tatiana Bailleul, créer une telle entreprise était aussi une manière de démocratiser l’art. Elle proposera bientôt un séminaire sur le corps destiné à une association qui rassemble des femmes en thérapie, qui ne peuvent pas forcément se déplacer.

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