vendredi 3 juillet 2020

Olivier Föllmi, sagesses de photographe

Au début du chemin, il rêvait d’ascensions. En gravissant des montagnes et en faisant des rencontres, le franco-suisse Olivier Föllmi trouve dans l’art de la photographie le moyen de raconter la vie. Au sommet des cimes, il découvre une philosophie humaine et optimiste, qui a fait de lui un photographe-voyageur pendant plus de 40 ans.

À 18 ans, Olivier Föllmi taille la route direction l’Afghanistan. Des amis l’ont invité à se joindre à eux pour gravir le Mir Samir, à près de 6 000 mètres d’altitude. Émerveillé par l’idée de son futur voyage, celui qui se destine à devenir guide de haute montagne décide de partir un peu plus tôt. Il traverse seul le pays. « Ce que je vivais était extraordinaire, j’étais tellement fasciné par ceux que je rencontrais que j’ai eu envie de le partager », se souvient le voyageur. Peu à peu, l’appareil photo devient son compagnon privilégié, et le témoin de ses aventures.

Le Tibet comme inspiration

Le voyage devient le mode de vie du photographe. Pendant quinze ans, Olivier Föllmi vit entre le Zanskar, une vallée tibétaine de l’Inde, et l’Occident. La découverte du Tibet est une révélation : « J’étais en phase avec les gens, les paysages, je me sentais vraiment chez moi. » Le Français s’imprègne du bouddhisme tibétain, une spiritualité qui résonne avec sa pratique de la photographie. « La photographie c’est de la contemplation. C’est se relier à quelque chose qui nous dépasse, avec laquelle on essaie d’être en symbiose. Faire une photo est une méditation : c’est vivre l’instant présent, attendre. »

« Ce que je trouve merveilleux, c’est la trilogie entre le paysage, la lumière et moi qui attends. Tout d’un coup, tout devient harmonieux, je suis en phase. »

Photo Olivier Föllmi

Son attrait pour le bouddhisme prend un nouveau tournant à ses 20 ans. Victime d’un accident de la route, il se prépare à accueillir la mort avec une grande quiétude. Survivant et ébahi par cette expérience, il cherche à retrouver cet apaisement dans l’enceinte du monastère de Phuktal, au Zanskar. À plus de 4 000 mètres d’altitude, dans de rudes conditions, Olivier Föllmi apprend la patience et la persévérance.

Un Bouddha sommeille

« J’aime la notion qu’il y a un Bouddha, l’être éveillé, en chaque être », explique-t-il. C’est ainsi qu’au début des années 2000, le voyageur parcourt le monde. Une exploration qui lui permet de découvrir d’autres philosophies et religions. Mais le chemin du globe-trotter ne s’éloigne jamais vraiment du Tibet et de ses valeurs d’altruisme et d’humilité.

Sonam Lazes, la petite-fille d’Olivier Föllmi, est née dans la vallée du Ladakh dans l’Himalaya indien.

Photo Olivier Föllmi

En 1992, la communauté tibétaine exilée en Inde confie deux enfants en adoption au photographe et à son ex-femme, Danielle Pons-Föllmi. Huit ans plus tard, il devient photographe du Dalaï-Lama pendant son séjour en France. L’artiste ne se considère pas comme un photographe politique ni comme un militant. « Je veux défendre la cause tibétaine mais à ma manière, et ma manière c’est de faire aimer ce monde tibétain. »

Pour lui, le rôle du photographe est avant tout de transmettre des émotions. « Je suis un humaniste avec un parti pris : montrer le beau, la richesse de l’humanité, l’harmonie. Je ne m’intéresse pas à la violence, à ce qui est négatif, à ce qui ne va pas », précise-t-il. Pour atteindre ce résultat, le sexagénaire n’a pas pour objectif principal de ramener un cliché. Son but est avant tout de vivre une belle rencontre. L’honnêteté est à l’origine de chacun de ses projets : « Je prends du temps avec les gens, je discute, j’apprends leur vie, je partage une émotion… Et puis après je les fais poser, je recompose une émotion avec eux. Ce n’est pas une photo faite à la va-vite. »

Focus sur l’Humain

Sa baguette magique pour établir la confiance ? Le rire, apporté justement par un petit nécessaire à magie qu’il emmène partout avec lui. Le franco-suisse est catégorique : « Je ne peux pas ramener une photo sereine d’une personne s’il n’y a pas eu de relation heureuse. » D’ailleurs, il retourne souvent sur les lieux qu’il a photographiés pour retrouver les gens et tente de rester en contact avec eux via Internet.

Soucieux de donner quelque chose en retour, il fonde HOPE (Humanity Organisation for People and Education) avec Danielle Pons-Föllmi. Depuis 1992, cette association soutient l’éducation dans le monde. « C’était important de créer une association parce que je vis de ces gens, je vis des photos qu’ils m’offrent », confie-t-il. Dans l’esprit du photographe, la liberté passe par l’éducation.

« Si je viens depuis l’Occident avec un but déjà précis pour aller voir des gens, alors j’estime que ma relation est faussée. Je dois arriver avec de l’humilité. »

Une conviction qui lui vient aussi de la rencontre avec un jeune couple de paysans du Zanskar, Lobsang et Dolma. À la fin des année 80, Olivier Föllmi guide des groupes en montagne accompagné de caravaniers, parmi lesquels Lobsang qui devient son ami.

Dans un geste d’amour et d’espoir, Lobsang et Dolma confient leurs enfants Motup et Diskit à Danielle et Olivier. Ils souhaitent qu’ils puissent recevoir une instruction. « On n’a pas eu le choix. D’une seconde à l’autre on est devenus parents et responsables de ces enfants », se souvient-il. Naît alors un lien indestructible entre deux familles et deux univers.

Le temps de changer la pellicule

L’aspect humaniste de l’homme prend peu à peu le pas sur son côté photographe. Il réfléchit à retourner en Asie pour travailler avec un orphelinat. Vivre de la photographie, c’est terminé. Lui qui n’a jamais retouché le moindre cliché, pas même pour un recadrage, estime qu’il a fait son temps.« J’ai soixante ans, j’ai travaillé presque tout le temps en argentique, ce qui n’existe plus maintenant : je suis un photographe du passé. »

Olivier Föllmi souhaite mettre de côté l’objectif pour prendre la plume. « J’ai eu la chance de vivre des expériences et des modes de vie qui n’existent plus. J’en suis très heureux ! Mais je ne cherche plus à être sur le podium. Place aux jeunes, à un autre regard, un autre discours. » En attendant son successeur, les amateurs de photos et de voyages pourront bientôt se plonger avec passion dans les histoires de vie d’Olivier Föllmi.

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