jeudi 26 novembre 2020

Solweig Lizlow,
de Miss Météo
à la vie d’artiste

Un esprit tourmenté dans un corps d’ange. Solweig Lizlow est bien loin de l’image de la Miss Météo, belle humoriste du Grand Journal sur Canal +, qui lui a longtemps collé à la peau. Elle a l’instinct créateur. Musique, couture, cinéma, bijouterie, c’est à l’étranger qu’elle a décidé de poursuivre sa carrière. Des expériences douloureuses en tête, mais toujours, à 28 ans, cette "joie de vivre".

Cela fait presque dix ans que ta période Miss Météo sur Le Grand Journal est terminée. Tu étais assez vindicative à l’époque. Aujourd’hui, quel souvenir en gardes-tu ?

Ça fait déjà dix ans ? Oh mon dieu… Pour être honnête, mon principal problème était de travailler avec certaines personnes que je ne conseillerai pas de côtoyer. Les gens qui abusent de leur pouvoir sont partout malheureusement. Le travail était difficile, surtout à cause de la pression. Mais avec le recul, c’est tout de même un milieu privilégié. J’ai eu de la chance de vivre cette expérience.

Solweig Lizlow est mannequin depuis l’âge de 15 ans.

Photo pour Vogue Arabia

Après avoir été médiatisée en France, tu as décidé de partir vivre à New York. Pourquoi ?

Parce que personne ne m’avait préparée à partager ma vie privée à mon insu. Ça m’a vraiment touchée. Je suis d’une nature timide dans la vraie vie. Pour être honnête, je n’ai pas reconnu la fille dont ils parlaient. Un soir, j’ai demandé le divorce. Deux semaines plus tard, j’étais partie, ma vie dans les valises. Je me suis offert un nouveau départ, comme lorsque l’on arrache la page d’un livre. 

À cette époque, tu as aussi lancé ta collection de bijoux, « Capsule », avec Charlotte Martyr. Créer cette entreprise était un moyen de t’émanciper ?

La collection « Capsule » a été un cadeau béni. Charlotte Martyr m’a contactée un soir et m’a dit : « Tu dessines autant de pièces que tu veux, je veux que ça vienne de toi. » J’ai pleuré de joie ! Elle m’a offert l’un des plus beaux cadeaux possible : retranscrire dans des objets ce que j’invente. Charlotte a éveillé en moi un besoin vital, m’exprimer par le biais de l’art et faire « plaisir » à ceux qui le reçoivent.

Justement, comment tu t’exprimes ?

Je suis en train de monter un groupe de musique. Il s’appelle Ri’zistens, c’est la manière phonétique d’exprimer « resistance ». Je voulais trouver un nom qui puisse être prononcé par le plus grande nombre. Nous sommes deux dans le groupe. Pour la scène, mon fiancé s’appelle Muddy, et moi je suis Sawave. Nous avons découvert que je pouvais chanter à Londres, lorsque nous avons rendu visite à notre amie China Moses. Depuis, nous avons réalisé un album très expérimental. Tout est fait maison. Je n’écris que sur des expériences passées, parfois douloureuses. Mon exutoire, c’est vraiment la musique. 

Tu fais aussi du cinéma et tu t’es récemment mise à la couture. Tu es sur tous les fronts…

La couture, c’est vraiment nouveau pour moi. Mais j’adore ça ! Je récupère des chutes de tissus que les marques n’utilisent pas à Gênes, en Italie, où j’habite. J’aimerais beaucoup trouver un moyen de reproduire mes créations dans toutes les tailles, de manière éthique. J’en ai marre de la fast fashion. Avoir moins de pièces dans nos dressings serait une belle victoire. Il faudrait qu’elles ne se détériorent pas lavage après lavage et qu’on puisse les aimer au fil des années.  

Quant au cinéma, j’ai presque fini d’écrire deux longs métrages avec mon fiancé, qui est réalisateur. Nous avons l’opportunité d’en produire un au Canada. Bientôt, nous allons démarrer la pré-production. Quand j’en parle, mon cœur bat la chamade ! Je n’arrive pas à y croire, je suis excitée comme une gosse. 

Pourquoi en faire autant ?

Je n’arrive pas à m’exprimer dans la vraie vie sur mes émotions. C’est peut être dû à des traumas. Du coup, je ne cesse d’apprendre de nouveaux hobbys qui me permettent de lâcher mes émotions dans la nature et toucher des gens qui ressentent peut-être la même chose. Une image, un son ou bien des couleurs ont la magie d’être interprétés de mille manières.

Peut-on qualifier ton art de trash, voire torturé ?

C’est vrai que je suis remplie de noirceurs. Elles sont parfois douces, parfois violentes. J’ai vraiment vécu trop d’abus et de mésaventures pour avoir un cœur léger à présent. On m’a toujours appelée « le clown triste ». Je suis extrêmement sensible, ça n’aide pas. Mais j’essaye de transformer mes douleurs en beauté. 

Tu évoques des traumas, des abus…

Je pense à la fois où j’ai été séquestrée à Milan. Ç’a été un tournant dans ma vie. Je ne reconnais pas les situations de danger. J’ai fait beaucoup de mauvaises rencontres. J’ai été victime d’abus sexuels, de violences conjugales, de violences physiques par des inconnus… Sans compter les gens de « pouvoir » et le harcèlement sexuel qui va avec. 

Je n’ai aucun souci à en parler, car j’ai envie d’aider les gens qui, comme moi, se sentent parfois démunis. Je voudrais qu’ils se sentent moins seul. Par exemple, le fait d’écouter quelqu’un parler sereinement de son passé douloureux m’aide énormément. J’ai envie d’être ce genre de personne. Ça a été difficile, mais ceux qui m’ont blessée n’ont jamais réussi à m’enlever ma joie de vivre. C’est une victoire personnelle que je veux partager.

« Je lâche mes émotions dans la nature pour toucher des gens. »

Photo Cyril Lagel

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